Le temps partagé séduit aux Antilles-Guyane

29 avril 2016

​Cumuler des temps d'activité différents est une pratique qui a le vent en poupe. Rassemblé sous l’appellation temps partagé, un premier baromètre mené par le Portail du temps partagé vient de quantifier la multiactivité, qu'elle soit exercée au sein de groupements d'employeurs, par des salariés en multisalariat, en multiactivité ou par des experts en prestation de service. Il en ressort que cette forme d'activité est exercée à part égale par des hommes et des femmes. Le gros des troupes est âgé de 40 à 49 ans (43%) et de 50 à 59 ans (33%) : est-ce l'effet des mesures d'emploi en faveur des plus jeunes qui ont entraîné une difficulté pour les quadra et plus à retrouver du travail? Quoi qu'il en soit, ce sont majoritairement des indépendants ayant leur propre structure de type SARL, SASU ou auto-entrepreneur (59%). Ils se retrouvent en groupement d'employeurs (9,5%) ou en portage salarial (17,8%). 88% des personnes en temps partagé en Outre-Mer ont le statut de cadre. Ils travaillent dans les ressources humaines (28%), la finance et la gestion (24%), le marketing et la communication (12%), l'expert et le commercial (8%), l'industrie (7%), l'informatique et les systèmes d'information (6%), l'administratif et l'artisanat (5%) .

 

 

Quasi temps plein 

Le temps moyen d'intervention est de dix à quinze jours par mois (38,1%), suivi par un temps plein ou quasi temps plein (31,6%), moins de dix jours par mois (23,7%). Les personnes restent entre un à cinq ans en activité en temps partagé (46%). 

Ce cadre posé, il ressort aussi que dans 49% des cas, le temps partagé est un choix de carrière, 23% suite à une opportunité saisie, et 23% pour retrouver un emploi. 91% de ceux qui exercent de cette manière souhaitent rester à temps partagé, à cause de la richesse des missions (40%), de l'équilibre qu'il procure entre la vie professionnelle et la vie privée (27%), à cause de la mutualisation des risques sur plusieurs entreprises (13%). Pour les entreprises, le recours à des collaborateurs en temps partagé tient de la flexibilité qu'il procure (30,5%), à l'accès à de l'expertise plus pointue (30,5%) et la meilleure maîtrise des coûts (27,5%). 

 

Devenir indépendant 

De même, un sondage réalisé par l'Ifop pour la Fédération européenne de portage salarial (FEPS)* vient confirmer cette tendance. Ainsi, 57% des personnes interviewées déclarent être prêtes à devenir indépendantes si elles conservent les éléments liés au statut de salarié, à savoir affiliation au régime général d'assurance maladie, le droit au chômage et à la complémentaire santé. Ce sont principalement les jeunes (64% des moins de 35 ans) et les actifs en reprise d'études (75%) qui sont les plus intéressés. Ils embrasseraient ce changement de statut principalement pour pouvoir mieux concilier vie professionnelle et vie privée (38%), pour avoir de meilleures conditions de travail (30%) et pour être plus autonomes dans leurs fonctions professionnelles (30%). Les secteurs du bien-être, de la santé et des services à la personne sont perçus comme les plus intéressants pour le portage salarial (53%) suivi par le BTP, l'industrie et l'artisanat (38%), le conseil, la communication et le service aux entreprises (35%).

 

Dynamique soutenue outre-mer 

Aux Antilles-Guyane aussi, ces nouvelles formes d'activité se développent. Ainsi, le portage salarial a le vent en poupe. Pour Guillaume Cairou, président de la FEPS, 35% de l'activité du portage salarial sont réalisés dans les DOM et à l'international : " La dynamique est même plus soutenue outre-mer qu'en France continentale parce qu'ici culturellement, un emploi n'est pas forcément un CDI en 35 heures. Il est aujourd'hui parfaitement envisageable qu'un informaticien soit sophrologue le soir et livreur le week-end."

L'activité d'une entreprise de portage salarial est similaire à celle d'une coopérative d'activité en emploi ou de travail en temps partagé, "c'est-à-dire que nous gérons le cycle administratif lié au travail indépendant, à savoir le contrat de prestation avec le client, la facturation et le recouvrement des factures. Le salarié porté a un contrat de travail, reçoit une fiche de paye en fonction de son chiffre d'affaires et se voit remboursé de ses frais", explique-t-il . Les entreprises rémunèrent leur service par une commission qui s'échelonne de 5 à 12%% en fonction du chiffre d'affaires. 

Dans les DOM, les métiers les plus exercés en portage salarial concernent l'informatique, le numérique, le digital, mais aussi le développement commercial, l'immobilier, l'ingénierie et la maîtrise d'ouvrage, la communication, les médias ainsi que les services à la personne, l'artisanat et les métiers du bâtiment. 

"Les salariés portés gagnent bien leur vie. Ce sont principalement des personnes qualifiées et expérimentées: elles facturent entre 350 et 800€ de la journée", complète-t-il. Selon lui, le portage salarial intéresse de plus en plus de jeunes alors qu'auparavant, cette population était dominée par les seniors. Le nombre de femmes s'accroît également. "Aujourd'hui sur tout le territoire national, 60 000 personnes travaillent avec le statut de portage salarial: en 2026, elles seront 600 000", pronostique-t-il.

 

LE PORTAGE SALARIAL QU'EST-CE QUE C'EST ?

Le portage salarial est une relation contractuelle tripartite, dans laquelle un salarié porté, ayant un contrat de travail avec une entreprise de portage salarial, effectue une prestation pour le compte d’entreprises clientes. Le portage salarial ne doit pas être confondu avec le prêt de main d’oeuvre entre entreprises, ni avec un contrat de travail temporaire.

Le salarié porté 

Il doit avoir un niveau d’expertise, de qualification et d’autonomie suffisants lui permettant de rechercher ses clients et de négocier le prix de sa prestation. Il est rémunéré par l’entreprise de portage, tout en étant autonome dans l’organisation de sa mission. Il doit rendre compte de son activité à la société de portage pour facturation et suivi administratif (recouvrement, déclarations diverses, etc.). Dans sa relation avec le salarié porté, la société de portage doit établir un contrat de travail et accomplir les formalités qui y sont liées, à savoir embauche, la rémunération, le versement des cotisations sociales. Elle doit lui transmettre une fois par mois un compte d'activité, détaillant les versements effectués par l'entreprise cliente pour la prestation réalisée, les frais de gestion perçus, les frais professionnels, les prélèvements sociaux et fiscaux, la rémunération nette et le montant de l’indemnité d'apport d'affaires.

La société de portage 

La société de portage doit exercer de manière exclusive l'activité de portage salarial : seul ce type de société peut conclure des contrats de travail en portage salarial. Pour être autorisée à exercer, l'entreprise de portage doit au préalable avoir effectué une déclaration d'activité à l'inspection du travail dont dépend le siège de l'entreprise. Tant qu'elle n'a pas reçu son visa de l'inspecteur du travail, soit dans un délai de 15 jours, l'entreprise de portage ne peut pas débuter son activité. Depuis mars 2016, les entreprises de portage salarial doivent souscrire une garantie financière pour couvrir le paiement du salarié porté (salaires et indemnités) et le versement des cotisations sociales, en cas de défaillance de l'entreprise. Elle est calculée sur la masse salariale annuelle et doit être au minimum égale en 2016, à 8% de la masse salariale de 2015, sans pouvoir être inférieure à 57 924 euros. A partir de 2018, le montant de cette garantie sera égal à 10% de la masse salariale de l'année précédente, sans pouvoir être inférieure à 2 fois le plafond annuel de la Sécurité Sociale de l'année considérée. Cette garantie, doit être un engagement écrit de caution d'une société de caution mutuelle, d'une compagnie d'assurance ou d'un établissement financier. De même, dans le courant du premier semestre 2016, une commission mixte paritaire doit être créée pour la mise en place d'une convention collective spécifique au portage salarial.

L'entreprise cliente 

Une entreprise ne peut recourir au portage salarial que pour des tâches occasionnelles ou ponctuelles, ne relevant pas de son activité normale et permanente ou nécessitant une expertise dont elle ne dispose pas en interne. L'entreprise cliente est responsable des conditions d'exécution du travail et des questions liées à la santé et à la sécurité sur le site de travail du salarié porté pendant toute la durée de la prestation. Ainsi, l'entreprise cliente verse à l'entreprise de portage, le prix de la prestation, informe la société de portage de tout événement ayant un impact sur la prestation qui ne peut excéder trois ans.

 

A QUI S'ADRESSE LE PORTAGE SALARIAL ?

- Aux demandeurs d’emploi, pour des missions ponctuelles ou comme tremplin vers une embauche.

- Aux créateurs d'entreprises, pour tester leurs projets.

- Aux retraités ou préretraités souhaitant conserver une activité professionnelle ou compléter leur retraite.

- Aux professionnels souhaitant valoriser leurs compétences, ou exercer une activité en choisissant leur période de travail.

- Aux salariés souhaitant exercer une activité complémentaire.

- Aux jeunes diplômés souhaitant acquérir une première expérience professionnelle.

- Aux professionnels en temps partagé qui souhaitent regrouper leurs activités dans le cadre d'un employeur unique.

 

Etude IFOP pour la FEPS

 

Touts droits réservés - Interentreprises 2016